LA FRANCE PREND DU RETARD
Il manque à notre pays une direction, une stratégie, des objectifs, du sens.
Mais d’abord un constat lucide s’impose à la gauche : la France prend du retard, sa compétitivité s’est dégradée, ses finances publiques sont désastreuses, ses atouts sont gâchés par des politiques économiques dépassées, ses relations sociales sont archaïques et son système institutionnel et politique déphasé.
Dans les prochaines années, les économies les plus performantes seront celles qui encourageront l’innovation, la recherche et l'initiative, qui seront capables d’élever massivement le niveau de formation et de compétence de leur population, qui sauront prendre la mondialisation, non pas comme une réalité subie, mais comme leur champ d’action. Ce sont aussi celles dont les acteurs politiques, économiques et sociaux sauront négocier en permanence le changement.
Malgré des atouts considérables, la France cumule de lourds handicaps, qui expliquent sa faible croissance et ses rigidités:
- un système éducatif appauvri et désorienté, un enseignement supérieur en crise, confronté à un échec de masse et à une reconnaissance mondiale indigne d'un grand pays ;
- une recherche - publique et privée - qui recule ;
- un faible encouragement à la création de PME innovantes, et une insuffisance de grosses PME, de taille à conquérir les marchés mondiaux ;
- des politiques publiques et une fiscalité qui favorisent davantage la rente que le risque ;
- un patronat conservateur et rigide, un mouvement syndical éclaté, des partenaires sociaux plus marqués par une culture de confrontation que de contractualisation.
Le résultat est désolant : une France où les écarts se creusent sans cesse, où la mobilité sociale tend à devenir un mythe, ou les travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux –ce qui est une curieuse façon de réhabiliter le travail- où l’égalité et la justice deviennent des termes d’incantation.
Allons plus loin.
La France n’a plus de modèle. Le « modèle français », à force d’avoir été mis en cause et d’avoir montré ses limites, ne suffit plus à offrir un horizon politique. La droite a fait de sa contestation son fonds de commerce. Le piège tendu à la gauche serait de faire de la conservation de ce modèle sa seule raison d’être. Or, le rôle de la gauche n’est pas de restaurer un modèle ancien, c’est d’en inventer un nouveau, de se définir par la conquête de nouveaux droits, de nouvelles libertés. Il s’agit d’inventer le socialisme du XXIème siècle comme une force de projet et non de rejet ou de pure conservation.
La France n’a plus de repères. Réconcilier la France avec elle-même, renouveler la capacité du creuset républicain à fonder une société libre, unie et solidaire : telle est l’une des principales missions de la gauche. L’un des premiers devoirs du nouveau chef de l’Etat, dans cette phase de crise de notre conscience collective, aurait dû être de rendre à la France une certaine sérénité sur sa propre histoire et une confiance renouvelée en l’avenir. Face à l’échec qui se dessine, notre rôle est désormais de reconstruire une République émancipatrice, sociale, libératrice de l’individu et porteuse de valeurs universelles pour elle-même et dans le monde.
La France est en quête d’un nouvel espoir. Elle manque d’horizon. Dans un pays sans repères et sans modèle, ce devrait être le rôle de la politique que d’ouvrir le champ du possible à l’heure de la mondialisation. Avoir cru en un discours et se découvrir dupe est source de désillusion. Les Français les moins favorisés, ceux qui se sentent le plus menacés, s’estiment aujourd’hui abandonnés. Ce n’est pas le moindre des enjeux du congrès à venir, que de chercher à réconcilier les citoyens avec leurs représentants et le peuple avec ses institutions.
La France s’affaiblit en Europe et dans le monde depuis 2000. Lors de la précédente présidence française de l'Union européenne, celle du second semestre 2000, la France était en très bonne position sur le plan économique et social. Elle a fait adopter la Charte des droits fondamentaux, l'agenda social, la directive sur la société anonyme européenne. L'Europe de la Défense a progressé, l'Europe de la Justice aussi. En 2008, la France est affaiblie par le poids de ses déficits, ses mauvaises performances et la mauvaise gestion diplomatique du projet, pourtant nécessaire, d'une Union pour la Méditerranée. Les priorités de la Présidence française sont de surcroît, pour la première fois depuis le début des années 80, totalement muettes sur les objectifs sociaux.
Enfin, pour la première fois sous la Vème République, la France s'aligne sans esprit critique sur la politique de l’administration américaine, réintègre le commandement militaire de l’OTAN, perd en influence dans le monde arabe et indigne l’Afrique avec l’édifiant discours de Dakar.
Mais d’abord un constat lucide s’impose à la gauche : la France prend du retard, sa compétitivité s’est dégradée, ses finances publiques sont désastreuses, ses atouts sont gâchés par des politiques économiques dépassées, ses relations sociales sont archaïques et son système institutionnel et politique déphasé.
Dans les prochaines années, les économies les plus performantes seront celles qui encourageront l’innovation, la recherche et l'initiative, qui seront capables d’élever massivement le niveau de formation et de compétence de leur population, qui sauront prendre la mondialisation, non pas comme une réalité subie, mais comme leur champ d’action. Ce sont aussi celles dont les acteurs politiques, économiques et sociaux sauront négocier en permanence le changement.
Malgré des atouts considérables, la France cumule de lourds handicaps, qui expliquent sa faible croissance et ses rigidités:
- un système éducatif appauvri et désorienté, un enseignement supérieur en crise, confronté à un échec de masse et à une reconnaissance mondiale indigne d'un grand pays ;
- une recherche - publique et privée - qui recule ;
- un faible encouragement à la création de PME innovantes, et une insuffisance de grosses PME, de taille à conquérir les marchés mondiaux ;
- des politiques publiques et une fiscalité qui favorisent davantage la rente que le risque ;
- un patronat conservateur et rigide, un mouvement syndical éclaté, des partenaires sociaux plus marqués par une culture de confrontation que de contractualisation.
Le résultat est désolant : une France où les écarts se creusent sans cesse, où la mobilité sociale tend à devenir un mythe, ou les travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux –ce qui est une curieuse façon de réhabiliter le travail- où l’égalité et la justice deviennent des termes d’incantation.
Allons plus loin.
La France n’a plus de modèle. Le « modèle français », à force d’avoir été mis en cause et d’avoir montré ses limites, ne suffit plus à offrir un horizon politique. La droite a fait de sa contestation son fonds de commerce. Le piège tendu à la gauche serait de faire de la conservation de ce modèle sa seule raison d’être. Or, le rôle de la gauche n’est pas de restaurer un modèle ancien, c’est d’en inventer un nouveau, de se définir par la conquête de nouveaux droits, de nouvelles libertés. Il s’agit d’inventer le socialisme du XXIème siècle comme une force de projet et non de rejet ou de pure conservation.
La France n’a plus de repères. Réconcilier la France avec elle-même, renouveler la capacité du creuset républicain à fonder une société libre, unie et solidaire : telle est l’une des principales missions de la gauche. L’un des premiers devoirs du nouveau chef de l’Etat, dans cette phase de crise de notre conscience collective, aurait dû être de rendre à la France une certaine sérénité sur sa propre histoire et une confiance renouvelée en l’avenir. Face à l’échec qui se dessine, notre rôle est désormais de reconstruire une République émancipatrice, sociale, libératrice de l’individu et porteuse de valeurs universelles pour elle-même et dans le monde.
La France est en quête d’un nouvel espoir. Elle manque d’horizon. Dans un pays sans repères et sans modèle, ce devrait être le rôle de la politique que d’ouvrir le champ du possible à l’heure de la mondialisation. Avoir cru en un discours et se découvrir dupe est source de désillusion. Les Français les moins favorisés, ceux qui se sentent le plus menacés, s’estiment aujourd’hui abandonnés. Ce n’est pas le moindre des enjeux du congrès à venir, que de chercher à réconcilier les citoyens avec leurs représentants et le peuple avec ses institutions.
La France s’affaiblit en Europe et dans le monde depuis 2000. Lors de la précédente présidence française de l'Union européenne, celle du second semestre 2000, la France était en très bonne position sur le plan économique et social. Elle a fait adopter la Charte des droits fondamentaux, l'agenda social, la directive sur la société anonyme européenne. L'Europe de la Défense a progressé, l'Europe de la Justice aussi. En 2008, la France est affaiblie par le poids de ses déficits, ses mauvaises performances et la mauvaise gestion diplomatique du projet, pourtant nécessaire, d'une Union pour la Méditerranée. Les priorités de la Présidence française sont de surcroît, pour la première fois depuis le début des années 80, totalement muettes sur les objectifs sociaux.
Enfin, pour la première fois sous la Vème République, la France s'aligne sans esprit critique sur la politique de l’administration américaine, réintègre le commandement militaire de l’OTAN, perd en influence dans le monde arabe et indigne l’Afrique avec l’édifiant discours de Dakar.
